Élections fédérales 2019 : Statu quo ou action?

Texte distribué lors du Colloque annuel de l’Institut de recherche sur le Québec, 11e édition – 3 novembre 2018 (mise à jour le 2018-11-05)

Élections fédérales 2019 : Statu quo ou action?
Mes amis, j’aimerais vous parler d’un projet sur lequel nous avons commencé à travailler il y a à peine deux mois. Il s’agit d’un mouvement politique qui pourrait offrir une nouvelle offre fédérale pour les élections fédérales de 2019. Oui, rien que ça!!

Force est de constater que pour une vaste majorité de Québécoises et de Québécois, rien de la scène fédérale suscite d’engouement. Plusieurs d’entre eux sont très déçus du gouvernement Trudeau, en particulier concernant la réforme non réalisée du mode de scrutin ou encore de l’achat d’un pipeline de 4.5 G$. D’autres sont extrêmement opposés aux conservateurs du pétrole et plus encore au parti libertarien de M. Bernier. De moins en moins de Québécois(e)s s’identifient au NPD, mais  aussi au Bloc québécois condamné à une perpétuelle opposition… Ne méritons-nous pas mieux?

Hooligan politique et la guerre des mots
Les démocraties occidentales subissent présentement un phénomène de polarisation important. On peut l’observer notamment aux É.-U., en Europe, au Brésil, aux Philippines, etc. Alimenté d’une part d’un discours populisme, simplificateur et peu nuancé, et d’autre part, par un establishment élitiste déconnecté des classes populaires. Ce phénomène de polarisation n’est pas nouveau pour nous. Si hier, la polarisation se faisait entre indépendantistes et fédéralistes au Québec, le populisme semble gagner aussi le Canada avec le notamment la montée de M. Ford en Ontario, le Wildrose Party albertain ou le Parti populaire du Canada.

Un concept qui aide à comprendre mieux ce phénomène de polarisation est celui de « hooligan politique »[1]. En gros, c’est l’état d’une personne tellement enclavée dans son idéologie et son discours qu’il n’est plus possible de dialoguer avec elle. Ces personnes manichéennes font souvent partie des noyaux durs de clans politiques polarisés, ayant des tendances vers les extrêmes, où l’émotion remplace la raison. Le hic, c’est que nous avons tous un hooligan politique en nous! Ce potentiel réactif et agressif face à de simples termes politiques. Trump, capitaliste, néo-libéralisme, fascisme, identitaire, Hitler, fédéralisme, extrême-droite, séparatisme, communisme, marxisme, islamiste, carré rouge, Black block… Tant de termes ayant le potentiel de réveiller de votre hooligan politique. Des émotions négatives, haineuses et tribales générées directement par vos organes amygdaliens…

Il n’est pas très difficile de diviser pour régner. Il suffit simplement de polariser, de réveiller les hooligans politiques sommeillant en nous. Dans cet état, on croit alors détenir la Vérité. La fin peut alors justifier les moyens. Un de ces moyens est la guerre des mots. On le voit entre opposants populistes et opposants élitistes. Le premier galvanisant les masses, le second est parfois hautain, donneur de leçons et chevalier de la rectitude politique. Dans cette guerre, on utilise cette tactique classique visant à surcharger les termes. Dans les positions les plus extrêmes, c’est sans scrupule qu’on dénature d’amalgames : « socialiste =  syndicalisme = communiste », « nationalisme = racisme = fascisme », etc. On s’intoxique ainsi de mots qui pensent à notre place comme le montre Patrick Moreau dans son livre éponyme, des mots dont le sens a été réduit et détourné. En fait, cette guerre des mots n’est qu’une oppression directe à la liberté de penser, un abrutissement social favorisant le réveil des hooligans politiques.

Réhabilitation du nationalisme?
Aujourd’hui, beaucoup de nationalistes ont un réel malaise à s’exprimer publiquement comme tel. Une peur sincère d’être taxé de totalitariste, xénophobe ou fasciste. En effet, l’utilisation de termes pouvant avoir une moindre intention identitaire peut être de nos jours un exercice périlleux. Et s’il y existe un concept bien galvaudé aujourd’hui, c’est bien celui du nationalisme. Strictement, le nationalisme « affirme la prédominance de l’intérêt national par rapport aux intérêts des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communauté internationale.»[2] Là où ça se complique, c’est que le nationalisme renvoie à deux orientations différentes, voire opposées :

  1. « un processus de libération visant l’indépendance d’un pays sous domination étrangère (coloniale) ; dans ce cas, il est la prise de conscience d’une communauté de former une nation en raison des liens historiques, sociaux, culturels qui unissent les membres de cette communauté et qui revendiquent le droit de former une nation autonome. Il s’appuie alors sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.»2
  2. « une idéologie dominatrice, xénophobe et raciste, subordonnant tous les problèmes de politique intérieure et extérieure au développement et à la domination hégémonique de la nation, comme ce fut le cas pour le fascisme et le nazisme.» 2

Comment réhabiliter un « nationalisme » en évitant une guerre de mot? Faudrait-il en inventer de nouveaux termes, plus légitimes et univoques? « Patriotisme » semble vouloir faire une percée sur cette route brûlée des idéaux, notamment chez les macronistes…

Nationalisme d’ouverture et Altérisme
En attendant mieux, je demande une trêve! Le sentiment nationaliste est bien sûr issu d’un construit[3] identitaire nationale. Il participe notamment à cimenter les rapports sociaux, permettant notamment une solidarité et un sens commun de justice. Bien sûr, des dérapages sont toujours possibles. Il y aura toujours des imbéciles, du latin imbecillus (« faible »), sur la voie de l’intolérance. C’est à nous que revient la tâche de développer les termes d’un nouveau nationalisme d’ouverture, voire « internationaliste ». Mieux encore, un « nationalisme altériste » visant la reconnaissance des diversités ethnoculturelles dans le monde, mais surtout se portant à leurs défenses : une solidarité internationale au nom des la diversité culturelle et la paix mondiale et intra-étatique. Un nationalisme certainement identitaire, lié à son histoire, sa culture et son territoire, mais avant tout humaniste. Un nationaliste de fierté qui rejette tout type de chauvinisme.

À l’heure de la dénationalisation tranquille du Québec vers une simple société distincte, il devient impératif de renouveler le discours. D’abord de définir et d’affirmer ce fameux « nous ». Ce potage francophone contenant toutes ces riches saveurs issues des communautés culturelles autochtones, anglophones, allophones et autres. En fait, les Québécois(e)s francophones sont majoritairement fiers de notre pluralité et en profitent largement. Il faut simplement assurer, ce qui n’est pas le cas, que le français demeure notre premier liant. Que tous œuvrent à protéger et partager cette langue qui, avec nos valeurs et notre territoire, nous distinguent des autres. Quoi qu’on en dise, les gens de chez « nous » sont très généreux et accueillants, mais aussi prudents…

Prudents, car il y a déjà plus de 35 ans que cette fédération a été imposée à la nation québécoise. Subordonnée à une démocratie dirigée par une majorité de peuples anglophones, c’était inacceptable à l’époque de René Lévesque et ça le demeure aujourd’hui. Depuis 1995, c’est l’impasse entre une indépendance essoufflée et un fédéralisme verrouillé. Afin d’échapper à ce statu quo, c’est sans prétention que je vous propose de s’orienter vers un « nationalisme régional ». Bien que certains hooligans politiques ou d’autres rejetteront cette voie, je pense que l’autonomie du Québec, et même celles des autres peuples canadiens. L’idée est d’encourager l’autonomie de tout un chacun et peut-être même de former des coopérations autonomistes pancanadiennes. Voilà une proposition pour rompre avec le statu quo : l’envoi, non pas d’indépendantistes et de fédéralistes à Ottawa, mais plutôt groupe d’autonomistes du Québec prônant un nationalisme régional québécois dans une optique pancanadienne.

Autonomisme
L’idée d’un nationalisme régional nécessite une convergence autonomiste, et ce, tant chez les indépendantistes modérés que les fédéralismes modérés. Adopter ainsi une attitude autonomiste, c’est d’abord cette volonté de se prendre en main, se mettre en action et de prendre sa place! Et ce, tant individuellement que collectivement. Ça exige parfois de devoir oser! D’être l’entrepreneur de sa destinée. Non seulement de ne pas avoir peur du changement, mais d’en être l’instigateur. C’est aussi de se faire confiance. C’est de renouer avec l’espoir via des discours et surtout des actions rassembleurs, inclusifs et transcendants. L’autonomisme visé ici est parcimonieux et exportable aux autres peuples canadiens, car l’autonomie, c’est bon pour tous. Il est donc asymétrique et équitable. C’est de prôner l’autonomie (intellectuelle, financière, environnementale, etc.) de tous. L’autonomisme, c’est d’abord une attitude qui nous permet d’atteindre la liberté.

Cynisme et Actions
Aujourd’hui, il y a cette maladie appelée le « cynisme » qui paralyse toutes tentatives de renouveau politique. Le Québec en est même gravement atteint depuis 1995. Sans projet de société, disons que nombreux ont mal à leur Québec, devenu plus pessimiste et immobile. Symptômes d’une dépression politico-nationale? Peu importe, au cynisme, il n’y a qu’un seul remède… Et ce n’est pas le confort et l’indifférence! Il s’agit de l’action! Oui, seulement l’action peut vaincre le cynisme. Parlez-en à nos cousins français qui, avec le mouvement Bleu, Blanc, Zèbre[4] d’Alexandre Jardin, réalisent des projets formidables dans toute la France et même au Québec! Vaincre le cynisme est probablement le premier combat du nationalisme d’aujourd’hui…

En lançant un mouvement politique, j’ai ainsi choisi l’action et non le cynisme. Je tente donc de faire partie de la solution plutôt que du problème. Sans prétention, je propose un nationaliste régionaliste, c’est-à-dire un nationalisme pragmatique… un nationalisme en action! Je crois que chacun doit faire la part de choses. J’en ai assez de 35 ans de statu quo et, en tout respect, je crois qu’on mérite mieux en 2019 que l’offre politique actuelle sur la scène fédérale. Oui… je sais que certains me taxeront d’idéaliste ou de rêveur, mais certainement pas d’être cynique!

Merci et à bientôt!

Julien Cardinal,  porte-parole de Québec en Marche!                                                                      

[1] Êtes-vous un hooligan politique ?, Science4All, www.youtube.com/watch?v=0WfcgfGTMlY
[2] « Mot clé : Nationalisme – Le Monde diplomatique », sur www.monde-diplomatique.fr (consulté le 31 octobre 2018)
[3] Vision du Constructivisme social : On ne naît pas Québécois, on le devient.
[4] bleublanczebre.fr